LA PERLA ; SALON MEXICO; LA VILLAGEOISE, d’Emilio Fernandez (vu à la TV)

Perla

Adapté du court roman de John Steinbeck (avec sa collaboration si l’on en croit le générique), LA PERLA (1947) est un des grands classiques du cinéma mexicain quand celui-ci connaissait son âge d’or notamment sous le pouvoir des grands studios et de producteurs comme Oscar Dancigers. Son réalisateur (« l’indio ») est une des légendes du cinéma mexicain, également acteur dans des productions internationales, entouré de toute une mythologie (il aurait toujours travaillé avec un revolver à la ceinture). Tous ses films possèdent une indéniable force dramatique, bousculant les règles morales, grand défenseur du mélodrame avec des personnages rongés par leur passion. Dans LA PERLA où la possession de la perle qui devrait le rendre riche va faire le malheur du jeune couple, Emilio Fernandez s’appuie sur son collaborateur habituel, l’opérateur Gabriel Figueroa, un des plus grands opérateurs de l’histoire du cinéma, un maître du noir et blanc, travaillant les contrastes, affectionnant des compositions parfois étranges où les personnages sont marginalisés par la place du ciel ou de la terre. Magnifique.

Réalisé deux ans plus tard, LA VILLAGEOISE (LA PUEBLERINA) est peut-être un film encore plus achevé, plus fluide dans sa composition picturale. Situé dans un milieu paysan alors que LA PERLA se déroulait parmi les pêcheurs, le film est un mélodrame qui vire au drame avec une force dramatique sans égale, une même passion à laquelle les personnages ne renoncent jamais, un même sens de la beauté des paysages et des personnages qui les habitent. Les compositions de cadre de Gabriel Figueroa sont moins baroques que dans LA PERLA mais concourent puissamment au drame cinématographique. Magnifique encore.

Tourné en 1948, donc entre les deux drames ruraux, LES BAS FONDS DE MEXICO (SALON MEXICO) est un drame urbain où Emilio Fernandez tourne dans ce qui est sans doute son terrain d’élection : rues de Mexico la nuit, hôtels de passe, dancings enfumés avec orchestre, entraîneuses et malfrats, mais aussi le cadre d’un pensionnat pour jeunes filles de la haute société. Histoire d’une femme qui mène une double vie pour assurer la vie de sa jeune sœur, le film est dans un cadre plus traditionnel de mélodrame (amours insatisfaits, jalousies amoureuses, différences de classe, présence de la religion…) qui prend des teintes de film noir par la caractérisation  de certains personnages, la violence de certaines scènes éclairés encore une fois par le maitre Figueroa (cf. la dernière rencontre entre Mercédès et celui qu’elle ne veut plus voir par ce qu’il peut compromettre sa vie et celle de sa sœur: tournée dans la quasi obscurité, l’action n’est décrite que par les éclats de lumière des mouvements). Tout est réglé au millimètre avec un sens profond de la dramaturgie. A noter, dans le rôle du malfrat, Miguel Inclan, que l’on a aussi vu dans tant de films américains.

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A propos H. Niogret

Hubert Niogret est critique de Cinéma et membre de la rédaction de la revue POSITIF. Il est également producteur et réalisateur.
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